De l’art de se nourrir.

De l’art de se nourrir.

Parler d’alimentation[1] quand on est naturopathe c’est parler du cœur de son sujet, tout le monde t’attend au tournant. « Hey le naturo c’est pas celui qui dit qu’il ne faut manger que de la verdure ?!.. » ou bien « le bio, est ce qu’on est sûr que c’est vraiment du bio ? ». On scrute ce que tu dis et on n’hésite pas à te balancer tous les contres arguments en se prenant évidemment pour la référence, le fameux « oui mais moi… ».

La diététique[2] et la nutrition[3] sont omniprésentes dans les médias car, en plus d’être un facteur épigénétique majeur, c’est un fait de société. On pourrait remplir plusieurs caddies avec l’ensemble de la littérature sur cette grande affaire qu’on n’aurait pas fait le tour du sujet. Car se nourrir c’est avant tout un acte individuel, personnel, intime, sous l’influence de son tube digestif mais aussi de son état mental : j’aime, j’aime pas, j’ai faim, j’ai pas faim, j’ai le moral, j’ai pas le moral. Dès lors, ce n’est pas une science, c’est un art… D’aucuns penseraient d’ailleurs  que si c’est un art, alors « foutez nous la paix et laissez-nous brouter tranquille » !

Bien manger c’est le début du bonheur… vraiment ?

Certains restent attachés à une alimentation rabelaisienne tandis que d’autres traquent la moindre calorie pour ne pas grossir ou au contraire optimisent leurs apports protéinés pour « faire de la masse ». Les tenants du plaisir de manger côtoient les pourfendeurs de la malbouffe et les ayatollahs de l’alimentation saine qui, au passage, ont fait apparaitre le mot orthorexie dans notre vocabulaire, tout ce monde se percutant allègrement sur les réseaux sociaux. L’alimentation est aussi à la base de nombreuses souffrances : boulimie, anorexie, obésité… mais j’arrête là, la liste est longue. Oui, manger a un impact direct sur notre santé, à court comme à long termes.

L’alimentation c’est avant tout du bon sens, c’est la mise en pratique de conseils simples et accessibles à tous. Elle repose sur 7 piliers que sont la fraîcheur, la qualité biologique, des produits non transformés et complets ; elle doit être frugale, individualisée suivant le « terrain » de chacun et prise dans une ambiance agréable.

Bon, s’il n’y a pas de règle stricte, il y a quelques principes à observer tout de même. Je vais cadrer mon propos sur l’alimentation qui pourrait convenir si on voulait s’interroger sur sa façon de manger. Je vais essayer de dégager ces quelques principes qui reposeraient sur nos 4 piliers[4] :

Force vitale.

Le paladin doit avoir une force vitale au top, pour ce faire il est nécessaire de privilégier une alimentation vitalisante, diversifiée[5] : user de tout suffisamment et sans abuser de rien, à haute densité nutritionnelle et adaptée à sa constitution. Deux principes sont à garder à l’esprit pour préserver une bonne santé sur le long terme. Le premier est l’équilibre alimentaire, avec suffisamment d’aliments bénéfiques et peu d’aliments poison[6]. Pour ces derniers on gardera à l’esprit la maxime de Paracelse[7]  « c’est la dose qui fait le poison ». Le maintien d’une balance acido-basique favorable est aussi nécessaire. Le second est la modération, en effet l’organisme sait d’avantage s’adapter à la pénurie et à la privation, comme le prouvent les bénéfices du jeûne, qu’à l’abondance, la suralimentation et la malbouffe. Cela a pour effet d’optimiser le métabolisme et d’user moins vite l’organisme, celui-ci passant moins de temps à digérer et plus de temps à se régénérer. Des apports inadaptés voire néfastes puisent aussi dans votre force vitale pour compenser les déséquilibres engendrés. L’organisme se fatigue et ne peut diriger cette force vitale pour se développer et s’optimiser. Tout comme une dette de sommeil, une déficience dans l’alimentation se paye un jour ou l’autre.

Autonomie.

L’autonomie alimentaire serait de ne pas trop dépendre de la grande distribution ou de la restauration pour manger. N’attendez pas que quelqu’un fasse à manger pour vous. Certes, le rythme de vie actuel ne nous donne plus autant de temps pour cuisiner. Mais les plats préparés et les aliments ultra-transformés contiennent bien souvent des additifs toxiques[8] pour l’organisme, parfois sous forme de nanoparticules qui ont des effets perturbateurs sur le système hormonal et des conséquences négatives sur nos facultés intellectuelles. Mangez des fruits et des légumes de saison de qualité biologique le plus souvent possible. Approvisionnez-vous si possible auprès de commerçants qui sauront vous garantir l’origine de leur produits et, si vous pouvez acheter local en allant auprès du producteur, alors vous maitriserez vos filières d’approvisionnement, c’est ce qu’on appelle être locavore[9].

Résilience.

Parler de résilience alimentaire n’est pas commun. La résilience présuppose un stress auquel il va falloir s’adapter. Or nos habitudes alimentaires sont basées sur notre état mental. Dès lors il devient intéressant de s’interroger au sujet de l’emprise de l’alimentation sur notre état émotionnel. En effet, les critères sur lesquels nous nous basons pour effectuer nos choix alimentaires ne sont pas toujours bénéfiques pour notre santé. Les gourmands trouvent dur de se priver de ce qu’ils aiment. Comment réagirions-nous si, pour une raison ou une autre, nous ne pouvions plus consommer les aliments qui soutiennent notre état émotionnel ? A ce propos, vous êtes-vous déjà demandé quels sont les aliments que vous consommez pour compenser votre stress : café, chocolat, sucreries, alcool, cigarettes ? Dans notre société de consommation où nous avons tout à portée de mains il semble bien improbable de manquer de quoi que ce soit, et pourtant… Comment réagirions-nous en cas de catastrophe naturelle ou technologique d’ampleur significative ou bien de panne d’électricité généralisée ? Que ferions-nous si pendant une semaine nous ne pouvions aller dans une chaine de restauration ou bien dans un hypermarché pour nous approvisionner ? Evitez que votre moral ne dépende de votre alimentation, soyez flexivore[10]. Savoir s’alimenter avec peu et accommoder des produits de base devient alors indispensable, le passage par une ferme ou une coopérative de proximité connue pourra alors devenir salutaire.

Valeur.

Lier des valeurs à notre alimentation pourrait paraitre saugrenu. Toutefois, à partir du moment où nous consommons, nous exprimons nos choix, nos préférences et quelque part nos convictions. Les vegans sont souvent décriés de par la radicalité de leurs choix, mais force est de constater qu’ils expriment leur conviction que l’animal n’est pas une valeur commerciale. Quand on parle d’alimentation, il est nécessaire de parler aussi de production alimentaire et donc d’industrie agroalimentaire, voire d’agrobusiness. Les scandales[11] récents montrent à l’évidence que la sécurité alimentaire n’est pas assurée. Peut-on accepter de manger des produits pauvres en apports nutritionnels, traités de multiples façon pour augmenter artificiellement leur goût et leur saveur – c’est l’hyperpalabilité[12] des aliments – gavés de sucres, d’eau et de stabilisants pour un coût de production le plus faible possible, permettant ainsi de dégager des marges substantielles pour la grande distribution ? Il est important alors d’être en accord avec soi-même car consommer est un acte militant qui traduit notre éthique de conviction. S’approvisionner auprès de petits producteurs ou d’artisans locaux n’est pas forcément plus couteux et fait fonctionner une économie favorable à la production de produits alimentaires de qualité.

Un art, une règle, des principes.

Manger est un art qui prend en compte notre inspiration du moment. Il a pour règle essentielle de ne pas avoir d’aliment interdit[13] et pas d’exclusive car seule la variété fait équilibre : « user un peu de tout, mais de tout assez et sans abuser ». Les quelques principes à garder en mémoire sont l’équilibre alimentaire, la modération, l’approvisionnement local, la flexibilité et l’éthique de conviction. Enfin, le temps gagné aujourd’hui à manger vite et mal sera perdu demain à vous soigner.

Je conclu par une citation du Seigneur Karadoc non dénuée de bon sens : « Qu’est-ce que c’est que ce style de bouffer des petits machins tout secs et trois gallons de flotte par jour ? […] Si la jeunesse se met à croire à ces conneries, on se dirige tout droit vers une génération de dépressifs ! Le gras, c’est la vie ». Jean-Christophe Hembert, Kaamelott, Livre II, Corpore sano, écrit par Alexandre Astier. 🙂

Quelques sites à suivre pour mieux se nourrir.

https://www.lanutrition.fr/

http://www.lasantedanslassiette.com/

http://www.lanutritherapie.fr/

https://laruchequiditoui.fr/fr

Un livre à lire.

LA MEILLEURE FAÇON DE MANGER – Edition 2015

de Thierry Souccar (Auteur) et‎ Angelique Houlbert (Auteur)

Le guide de l’alimentation saine pour toute la famille.

En matière de nutrition, on entend tout et son contraire. La nouvelle édition de La Meilleure façon de manger (MFM) met fin à la confusion car elle est l’aboutissement de 50 années de recherches. Vous avez l’assurance de bénéficier de conseils concrets, validés scientifiquement, qui vous aideront à préserver votre santé.

La MFM vous donne des repères précis pour mieux manger : aliments à privilégier, conseils pour les choisir et les préparer, fréquence de consommation, taille des portions.

[1] L’alimentation concerne tout ce qui va du producteur à votre assiette.

[2] La diététique concerne la mesure des apports alimentaires et des portions, c’est le comptage des grammes et des calories, de tout ce que vous mettez dans votre assiette et qui entre dans votre bouche.

[3] La nutrition commence à partir de la bouche et étudie la transformation biochimique des aliments et leur assimilation par l’organisme.

[4] Force vitale, Autonomie, Résilience et Valeurs.

[5] Il n’est pas souhaitable de manger tous les jours la même chose.

[6] Entrainant le pillage de notre force vitale, de nos vitamines, de nos minéraux, de nos substances tampon.

[7] [1493-1541] médecin, philosophe mais aussi théologien laïque suisse, d’expression allemande.

[8] Conservateurs, pesticides, restes d’antibiotiques, édulcorants, stabilisateurs, aromes artificiels, agents de charge.

[9] Acheter des aliments provenant de producteurs locaux.

[10] Personne ayant une alimentation flexible. Se dit des personnes végétariennes à temps partiel et qui ne dédaignent pas manger de la viande ou du poisson de temps en temps.

[11] La vache folle, les poulets à la dioxine, viande de cheval dans l’affaire Spanghero, abattoirs insalubres et souffrance animale, viandes avariée, les laits maternels frelatés et contaminés…

[12] La palabilité est la caractéristique de la texture des aliments agréables au palais, elle intervient dans le plaisir alimentaire.

[13] A moins de problèmes d’allergie, d’intolérance ou des prescriptions religieuses à respecter.

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